Le voyage lent laisse de la place aux rencontres inattendues, au temps de la réflexion et à une meilleure appréciation du voyage. Nous avons rencontré Anissa Maille, photographe et créatrice spécialisée dans la conservation, qui est une pro du voyage, quel que soit le moyen de transport, tant qu'il n'implique pas d'avion...
Anissa nous raconte ses expériences de voyage autour du monde en train et en bateau, et comment elle choisit de vivre sa vie au ralenti.
Rédigé par Anissa Maille
« Mais est-ce vraiment possible de voyager comme ça, sans prendre l’avion ? »
C'est souvent la première question que l'on me pose lorsque je parle de mes différentes aventures sans prendre l'avion. Pourtant, je suis Anissa, et le slow travel n'est pas seulement une expérience, c'est devenu un mode de vie.
Au fil des ans, j'ai choisi de prendre mon temps et de voyager différemment, en laissant plus de place à la liberté, aux rencontres inattendues et au moment présent. Que ce soit à travers mes voyages en train ou en bateau, je parcours le monde depuis plusieurs années, construisant un quotidien qui mêle travail, découverte et liberté.
J'ai envie de vous partager mes réflexions, faites de doutes et de remises en question, mais aussi de choix et de petites révélations personnelles. Derrière chacun de mes voyages, il y a avant tout un désir principal : vivre plus simplement, plus intensément, et plus en accord avec mes valeurs écologiques et sociales.
« On ralentit. On s'arrête quand on en a envie. On laisse de la place à l'imprévu, et c'est souvent dans ces moments que les plus belles rencontres se produisent. »
Tout a commencé avec une idée un peu folle : faire le tour du monde sans prendre l'avion...
Depuis septembre 2024, j'ai parcouru 20 pays en train. J'ai appris à ralentir, à observer, et surtout à redéfinir ce qui compte vraiment pour moi. Le voyage lent ne m'a pas seulement offert des paysages à couper le souffle, mais aussi une nouvelle façon de voir et d'habiter le monde. J'espère qu'à travers mon récit, vous trouverez un peu d'inspiration, que ce soit dans l'envie de ralentir, de sortir de la routine métro-boulot-dodo, ou simplement de vous autoriser à rêver davantage.
Comment mon aventure autour du monde a-t-elle commencé ?
Ce voyage est né après un besoin urgent, après un burn-out majeur, de réaliser un rêve de longue date : quitter Paris, faire le tour du monde et me consacrer pleinement à la photographie. Ce projet de vie sur la route avec un sac à dos ne s'est pas fait du jour au lendemain. Il s'est construit lentement et au fil des années. Même enfant, puis adolescente, je rêvais d'une vie différente de ce que mon entourage rêvait pour moi : j'imaginais parcourir le monde, mais surtout vivre plus simplement, avec le strict minimum, et faire de la liberté une priorité.
Avec le temps et après avoir eu une vie "comme tout le monde", incluant six années d'études de droit, mon rêve a pris une direction plus concrète : voyager différemment, sans avion, en respectant mes valeurs environnementales et en choisissant la lenteur plutôt que la facilité.

C'est mon amour pour la nature, pour les espèces qui l'habitent et pour les personnes qui en dépendent qui m'a fait décider de voyager sans prendre l'avion.
Je ne pouvais pas me lancer dans un voyage aux quatre coins du monde tout en contribuant à la destruction de ce que j'aime le plus. Ce serait incohérent, irrespectueux et même profondément égoïste. J'ai donc choisi de ne pas le faire, et lorsque j'ai réfléchi à ma façon préférée de voyager, mon choix s'est naturellement porté sur le train.
Les trains ont toujours été mon moyen de transport préféré. J'aime le rythme plus lent, qui laisse le temps de regarder les paysages se dérouler et de vivre des moments inattendus. Et surtout, j'aime l'idée que le voyage commence au début, et pas seulement à la fin.
10 mois de voyage en train à travers l'Europe et l'Asie
J'ai quitté la France en septembre 2024. J'ai commencé par un long voyage en train jusqu'au Laos, en passant par la Suisse, la Hongrie, la Roumanie, la Turquie, la Géorgie, l'Azerbaïdjan, la mer Caspienne, le Kazakhstan et la Chine. Ce voyage en train m'a pris un mois et demi au total, avec mon arrivée au Laos le 10 novembre 2024. C'est ce premier voyage en train qui a complètement changé ma vision du voyage et surtout les rencontres que j'ai faites sur la route.
Quatre jours seulement après avoir quitté la France, je me suis retrouvée dans un train reliant Bucarest à Istanbul. J'y ai rencontré deux autres voyageurs, Lizzie et Cristiano, qui, comme moi, se rendaient à Istanbul - mais avec une destination finale : un petit village du sud de la Turquie appelé Destin.
En discutant avec eux, j'ai découvert que ce village était au cœur d'une lutte environnementale : ses habitants se battaient depuis des années contre une cimenterie et les ravages de la déforestation pour protéger leurs terres. J'ai trouvé cela tellement inspirant que, sur un coup de tête, je leur ai dit que j'allais me joindre à eux. Ils ont ri, pensant que je plaisantais, mais j'étais totalement sérieuse !
C'est ainsi que j'ai passé une semaine entière dans ce village niché dans les montagnes, entourée d'une incroyable communauté turque. Les liens que nous avons tissés en seulement quelques jours sont devenus inestimables. C'est aussi là que j'ai réalisé mon tout premier reportage photo pour un événement environnemental local, une expérience puissante qui m'a profondément marquée.
Nous sommes restés en contact depuis, et si je devais revivre un moment de mon voyage encore et encore, ce serait celui-ci.
Voyager en train, faire du slow travel un mode de vie, permet aussi de vivre ce genre de rencontres car on est pleinement présent, ouvert à ce qui se passe ici et maintenant. On ne se précipite plus pour traverser un pays entier à toute vitesse. On ralentit. On s'arrête quand on en a envie. On laisse de la place à l'inattendu, et c'est souvent dans ces moments que les plus belles rencontres se produisent.
« Le voyage lent a transformé ma relation avec le temps. J'ai appris à ralentir, à ne plus essayer d'optimiser chaque instant et à le vivre pleinement en étant aussi présent que possible. »
Ce que le slow travel m'a appris
Voyager en train, lentement, autour du monde, m'a appris bien plus que la liberté. Pas seulement la liberté de me déplacer, de tracer mon propre chemin ou de ne rendre de comptes à personne, mais une liberté plus profonde : la liberté de vivre différemment de ce que la société dicte.
Le voyage lent a transformé ma relation avec le temps. J'ai appris à ralentir, à ne plus chercher à optimiser chaque instant, et à le vivre pleinement en étant le plus présent possible. J'ai appris à accepter que tout prend plus de temps, et à comprendre que ce temps n'est jamais perdu.
Il a également changé ma perception des distances. Traverser un pays ou un continent sans prendre l'avion redonne un sens aux kilomètres, permet de ressentir les transitions entre chaque culture et de comprendre réellement l'immensité du monde.
Au fil du temps, j'ai aussi appris à vivre avec moins. Depuis que j'ai quitté Paris, je ne porte qu'un sac à dos avec l'essentiel, mais je me sens bien plus riche qu'avant. Ce minimalisme m'a permis de libérer de l'espace dans mon esprit et de me concentrer sur le moment présent plutôt que sur les possessions matérielles.
Mon style de vie aujourd'hui
Cela fait maintenant deux ans que j'ai quitté la France pour faire le tour du monde, à mon rythme. Ce premier tour du monde en train (puisque je suis revenue de Malaisie en France via la Mongolie, la Russie, etc.) a complètement changé ma vision du monde et du voyage.
Ne plus prendre l'avion sur un coup de tête, sans penser à ce que cela implique, tant sur le plan environnemental qu'en termes d'expérience humaine, m'a donné l'impression d'entrer dans un nouvel univers.
Par exemple, en juin 2025, après plusieurs mois en Asie du Sud-Est, j'ai reçu une invitation de dernière minute à la Conférence des Nations Unies sur les océans (UNOC). Reprendre l'avion était hors de question. J'avais tellement vécu grâce au voyage lent, et surtout, j'avais réalisé qu'il était possible de traverser les continents en train et que c'était mille fois plus enrichissant. Je ne pouvais pas imaginer faire autrement. En un mois seulement, j'ai parcouru des milliers de kilomètres entre la Malaisie et la France, entièrement en train, pour arriver à l'UNOC à temps.
Travelling without flying means becoming aware of your environmental impact, but also of the true distances between places. It means forging a much stronger connection with the regions you visit, and ultimately, experiencing travel in a completely different way. Your perception of time changes entirely when it takes you a month and a half to reach a destination that's only a few hours away by plane.
It was this slowness and this taste for adventure that pushed me to travel to South America by boat after my return to France. I then discovered another mode of transport: hitchhiking on boats.
I found a first vessel that took me from Barcelona to Tenerife, where I discovered the profession of skipper and life at sea, a completely new world for me. After a few days on the Spanish islands, I boarded a second sailboat, on which I sailed from Tenerife to Cape Verde. It was one of my most beautiful experiences: sailing at night, under an endless starry sky, without any lights around, guided only by the moon and the sound of the waves.
Finally, after a few days in Cape Verde, I crossed the Atlantic over 13 days with a lovely family, before arriving in the Caribbean last November. These journeys have profoundly transformed my lifestyle, refocusing it on the present moment, my ecological values, and a quest for freedom and adventure on a daily basis.
Mon message à ceux qui rêvent d’une autre vie
Si je gagne actuellement ma vie en faisant des petits boulots sur la route, ainsi que beaucoup de bénévolat auprès de familles ou sur des projets en échange d'un lit et de nourriture, tout n'est pas parfait. La vie sur la route a aussi ses nombreux inconvénients : l'instabilité financière, des situations parfois dangereuses en tant que femme, et le fait de me sentir souvent très seule.
Mais c'est la vie que j'ai choisi de mener. Et surtout, c'est celle qui me rend heureuse, alors c'est ce qui compte le plus. En documentant mon parcours et mes voyages sur les réseaux sociaux, j'espère inspirer mes followers à sortir du moule dans lequel ils ont été confinés depuis l'enfance. À recentrer leurs rêves et leurs passions, que ce soit en changeant complètement de vie, en partant avec un sac à dos, ou simplement en décidant de consacrer plus de temps à des passions mises de côté à cause du travail.
Bien que l'expression « on ne vit qu'une fois » puisse paraître cliché ou redondante pour certains, elle reste profondément vraie. C'est pourquoi je ne veux pas passer une seule seconde de ma vie sans poursuivre mes rêves ou écouter ce que les autres attendent de moi.
En fin de compte, c'est votre vie et votre bonheur qui comptent, alors posez-vous la question : Vivez-vous vraiment pour vous-même ?
À propos d'Anissa
Anissa est une photographe de conservation et créatrice de contenu passionnée par les autres cultures et la protection de notre planète. Suivez ses voyages lents ci-dessous :
Site web : anissamaille.com
Instagram : @6nissa
TikTok : @6nissa
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